Qui doit rédiger votre mémoire technique ?

Le mémoire technique est un document indispensable pour décrocher un marché public, et ce document doit être crédible pour obtenir des points. D’ailleurs, nous l’avions décrypté auparavant : chaque point obtenu peut valoir des dizaines de milliers d’euros.
Sauf que : dans beaucoup d’entreprises, la responsabilité de la rédaction du mémoire technique est diluée entre plusieurs personnes, du conducteur de travaux au secrétariat, en passant par le chef d’entreprise. Et parfois, toutes les compétences ne sont pas réunies… Explications.
Ce qui se pratique habituellement
Ne nous mentons pas : dans la plupart des entreprises, la rédaction du mémoire technique est une corvée. De nombreuses équipes n’en comprennent pas toujours l’intérêt (voir notre article sur le sujet !), et du coup, « on le fait » parce qu’il faut bien faire quelque chose… mais ce n’est pas toujours bien fait. Si ce quelque chose n’est pas crédible, il sera sanctionné.
Exemple typique dans le Bâtiment : Badges
- J-2 – Le deviseur a fait son étude de prix et il communique les prix au secrétariat.
- J-2 – Le secrétariat lui rappelle qu’il faut… un mémoire technique !
- J-1 – Le deviseur se penche sur le sujet. Il fait un copier-coller d’un précédent mémoire. Il se souvient qu’il faut mettre à jour la partie méthodologie… mais là, il sèche. Il transfère à un conducteur de travaux…
- J-1 – Le conducteur de travaux reçoit la demande. Il court partout, c’est de l’administratif inutile, c’est non prioritaire.
- H-6 – Le secrétariat rappelle au deviseur qu’il faut un mémoire. Le deviseur rappelle au conducteur de travaux qu’il faut une méthodologie. Le conducteur de travaux est en réunion de chantier, ça attendra.
- H-2 – Relance du conducteur qui rédige… trois lignes. Le deviseur sait que ce n’est pas suffisant, mais il n’y a plus le temps. Il l’intègre tel quel et serre les fesses. Sur un malentendu…
- H-30min – Le secrétariat reçoit les éléments et n’a pas le temps de relire le mémoire technique.
- H-1 min – Le dossier est uploadé sur la plateforme numérique de l’acheteur public.
- J+45 – La sanction tombe : le mémoire ne respecte pas les critères d’évaluation présentés dans le Règlement de Consultation, l’acheteur public dégrade la note technique.
Enseignement pour la rédaction du mémoire technique
La rédaction de mémoire technique figure rarement dans la fiche de poste des collaborateurs et donc, chacun se renvoie la balle. Peu de gens ont été formés sur le sujet, et encore plus rares sont ceux qui détiennent toutes les compétences requises. Par conséquent, trop de collaborateurs et chefs d’entreprise en minimisent la valeur, alors même qu’on parle de milliers d’euros !
« Pour ma part, je trouve le sujet du mémoire technique plutôt drôle : c’est complexe, à la croisée de différents métiers pointus, et en même temps, c’est comme une partie d’échec, avec une stratégie à plusieurs coups d’avance… ou pas.
Je dis souvent que je suis un peu pervers car j’adore ça ! »
Yves Prunier – Dirigeant et Consultant d’ACE
Les compétences nécessaires pour rédiger un « bon » mémoire technique
Rappel : un « bon » mémoire technique, c’est un mémoire jugé crédible par l’acheteur public. Et pour être crédible, ce mémoire va devoir prouver par écrit les compétences de l’entreprise soumissionnaire.
Pour y parvenir, quelles sont les compétences requises ?
Savoir prendre le temps
Toutes les pièces d’un appel d’offres public sont opposables.
En théorie, il faut tout lire.
En pratique, c’est impossible… mais parfois, en lisant entre les lignes ou en connaissant bien un secteur géographique ou en posant les bonnes questions, il est possible de réaliser qu’un Dossier de Consultation des Entreprises contient des pièges (parfois involontaires et parfois… pas si innocemment).
Comme il n’est pas temporellement possible de tout lire et comme très souvent, le mémoire technique arrive à la fin quand il n’y a plus beaucoup de temps, une solution radicale est très appliquée en entreprise : ne lire que le CCTP.
Chez ACE, nous lisons à minima et dans le détail :
Puis, en fonction du dossier et de ce que nous avons découvert et ressenti, nous pouvons lire les compléments.
ANECDOTE :Badges
Anecdote : sur un gros appel d’offres en menuiseries extérieures (plusieurs millions d’euros), l’un des lots concernait le désamiantage. Dans le CCTP (378 pages !), le lot désamiantage était bien décrit, avec en prime, une section « Généralités désamiantage ». Pour la plupart des entreprises, tel que le dossier était constitué, cela concernait le lot désamiantage. C’est « logique ».
Mais dans cette section, il y avait ce paragraphe : « De base, il n’est pas prévu de désamiantage complet des bâtiments par le lot : DÉSAMIANTAGE. Certains travaux de réhabilitation seront donc à réaliser en présence de matériaux amiantés ».
Pour notre client, le sujet était passé inaperçu (le dossier était techniquement complexe, toute l’attention du service Etudes de Prix était accaparée par le CCTP). Chez ACE, c’est le genre de petite phrase qui nous interpelle. Nous avons alors lu le rapport amiante. 494 pages de pur bonheur. Incompréhensible. Nous avons mandaté un diagnostiqueur amiante pour comprendre l’état du bâtiment et nous conseiller sur ce qui resterait amianté, et donc qui concernerait notre client. Résultats :
1. L’ensemble de l’intervention devait se faire sous section IV, soit un surcoût de 10% (soit plusieurs centaines de milliers d’euros !)
2. Le rapport n’était pas définitif ! C’était un pré-rapport et de nouvelles surprises pouvaient encore survenir…
3. Le pré-rapport a été constitué à la va-vite, avec très peu de prélèvements et en précisant que le maître d’ouvrage devait réaliser des investigations approfondies… ce qui n’a jamais été fait
4. Notre client a eu le marché, tout en sachant où financièrement il mettait les pieds.
5. Des centaines de milliers d’euros de marge sauvée.
D’une manière générale, deviseurs et conducteurs de travaux ont tendance à se cantonner à la technique de leur lot, et donc au CCTP de son propre lot. Le secrétariat a tendance à se concentrer sur la remise des offres et donc au RC. Trop souvent, personne ne lit le CCAP ou le CCTP des autres lots. Quant aux autres pièces…
Pourtant, elles sont tout autant contractuelles, ce qui amène à la 2nde compétence :
La compétence Juridique
Le mémoire technique est un document contractuel, à portée juridique. Ce n’est pas un détail.
Potentiellement, ce qui y est écrit vous engage, notamment en matière de méthodologie, de planning ou de sécurité. Le risque : pénalités, voire même résiliation du marché.
Mais potentiellement, cela engage également l’acheteur public : vous pouvez y résoudre des ambiguïtés, par exemple techniques. Le mémoire vient préciser votre offre, un peu comme les conditions particulières et générales de vos devis en marchés privés. Si vous annoncez ce que vous avez vendu et que l’acheteur public vous attribue le marché, c’est qu’il a accepté votre interprétation du DCE… et il y est donc engagé.
Chez ACE, nous ne sommes pas juristes et nous ne faisons pas de conseil juridique. Mais nous savons lire le droit… et donc au moindre doute, nous renvoyons au juriste de l’entreprise, souvent accessible à travers son syndicat patronal. Et nous tenons compte des réponses du juriste pour rédiger le mémoire technique.
- Les majors du Bâtiment font lire DCE et mémoires techniques à des juristes. Qui le fait en entreprise ?
- En général, les deviseurs n’en ont pas la formation.
- Les conducteurs de travaux non plus, la plupart du temps.
- Le secrétariat ? Pas mieux.
- La personne responsable de l’administratif et de la comptabilité ? Les compétences sont souvent là, mais c’est un profil rarement sollicité pour répondre à un appel d’offres public.
- Le chef d’entreprise ? Pourquoi pas, mais prend-il, voire a-t-il le temps d’y regarder ?
Chez ACE, nous ne sommes pas juristes et nous ne faisons pas de conseil juridique. Mais nous savons lire le droit… et donc au moindre doute, nous renvoyons au juriste de l’entreprise, souvent accessible à travers son syndicat patronal. Et nous tenons compte des réponses du juriste pour rédiger le mémoire technique.
La compétence Technique et Pédagogique
Cette compétence est – normalement ! – présente dans toute entreprise, sur son métier. Le mémoire technique va donc devoir la faire transparaître. Il ne suffit donc pas d’être bon technicien, ce qui est le cas des deviseurs et conducteurs de travaux. Il faut une bonne capacité à faire comprendre cette technicité à l’analyste, alors même qu’il est parfois totalement incompétent sur ce métier ! Et cette capacité de vulgarisation, rares sont les deviseurs et conducteurs de travaux qui la maîtrisent. Quant au secrétariat, le regard est en général purement administratif, sans s’attacher au fond.
Exemple de ce qu’il ne faut pas faire (mais que nous avons vu de nombreuses fois) : un plan avec des titres de 7ème niveau, du type A.I.1.1.1.1.a/ puis A.I.1.1.1.1.b/ puis A.I.1.1.1.2.a/ jusqu’à D.III.8.5.4.3.d/. C’est très « ingénieur » comme façon de faire, mais trop de détail tue le détail et ça rebute la lecture !
Chez ACE, nous ne pouvons pas rédiger seuls les méthodologies techniques, même si Yves Prunier est ingénieur Arts et Métiers : personne ne peut connaître le fond de tous les métiers. Par contre, nous questionnons beaucoup (et bousculons parfois !) pour comprendre les enjeux techniques, même si nous ne les maîtrisons pas. Et nous traduisons cette technicité pour la rendre crédible aux yeux de l’acheteur public. Bref, nous vulgarisons. Et là, c’est une compétence proche du marketing et du commercial…
La compétence Marketing-Commercial
Dans un marché public, il n’y a pas de rendez-vous commercial. Pas de poignée de main, pas de relationnel direct, pas de présentation orale de votre offre. Votre mémoire technique est votre seul commercial. Et ce commercial-là doit convaincre sans être présent dans la pièce.
Rappel : un marché public est une compétition, pas un examen. L’analyste ne note pas dans l’absolu — il compare. Votre mémoire technique doit donc répondre à une question implicite que beaucoup d’entreprises oublient : en quoi êtes-vous plus convaincant que le candidat qui a déposé son dossier juste avant vous ? Pour cela, deux voies :
- Le marketing et la communication : le mémoire technique doit être une plaquette commerciale qui donne envie à l’analyste de vous lire (et donc de mettre des points).
- L’argumentaire commercial : le mémoire technique doit argumenter votre offre, en ayant toujours en tête que l’analyste a besoin d’arguments à présenter au juge si jamais son analyse était contestée (en lui mâchant le travail, vous augmentez vos chances qu’il vous attribue les points).
Le marketing, la communication et le commercial sont rarement des exercices pour lesquels les deviseurs, les conducteurs de travaux et les secrétariats sont formés.
Chez ACE, c’est notre cœur de métier. Nous avons des années d’expérience dans le développement commercial et une spécialisation dans ce que nous appelons les Métiers du Désir : susciter l’envie de travailler avec quelqu’un, que ce soit un client, un collaborateur ou — dans le cas du mémoire technique — un acheteur public qui ne vous connaît pas et qui doit décider sur dossier.
La compétence Bureautique (et orthographique)
In fine, il va falloir mettre en forme le mémoire technique. C’est la compétence que tout le monde sous-estime. Parce qu’elle semble banale. Parce que « tout le monde sait utiliser Word ». Sauf que non.
Un mémoire technique de 100 pages ou plus, avec des tableaux, des photos, des schémas, des plans d’insertion, des organigrammes, un sommaire dynamique, une mise en page cohérente du début à la fin — ce n’est pas un document Word ordinaire. Un fichier mal construit et mal utilisé, c’est un mémoire qui se disloque à chaque modification, avec des sauts de page qui bougent, des polices qui changent, des numérotations qui se décalent. Et un mémoire qui se désagrège visuellement, c’est un mémoire qui perd en crédibilité avant même d’être lu. Donc moins de points. Idem pour l’orthographe… C’est injuste, c’est un raccourci, mais c’est exactement le type de raccourci que prend un analyste pressé qui filtre par incohérences et signaux de crédibilité.
Chez ACE, deux solutions :
1.Nous fournissons un gabarit construit avec rigueur, que les équipes de nos clients peuvent s’approprier (nous promettons du 80% modifiable de leur côté),
2.Ou alors nous gérons tout de A à Z et nous fournissons un fichier PDF clé en main.
Dans tous les cas, nos mémoires passent à travers un outil de correction orthographique professionnel avant livraison, parce qu’une faute dans un document qui engage juridiquement votre entreprise, c’est une faute de trop.
En conclusion : dans votre entreprise, qui rédige votre mémoire technique ?
Récapitulons. Pour produire un mémoire technique crédible aux yeux d’un acheteur public, il faut réunir simultanément :
- du temps, et la capacité à lire un DCE au-delà de son propre lot
- une compétence juridique, pour mesurer la portée contractuelle de ce qui est écrit et exploiter les pièces du marché
- une compétence technique et pédagogique, pour traduire un savoir-faire métier en argumentation compréhensible par un non-spécialiste
- une compétence marketing et commerciale, pour donner envie de lire et fournir à l’analyste les arguments dont il a besoin pour justifier sa notation
- une compétence bureautique et rédactionnelle, pour que le document tienne debout visuellement et ne sabote pas sa propre crédibilité
Combien de personnes dans votre entreprise cochent toutes ces cases ? Combien de temps leur reste-t-il pour le faire, une fois le devis bouclé, les chantiers gérés et les urgences traitées ?
Si la réponse vous met mal à l’aise, c’est normal. Elle met mal à l’aise la majorité des entreprises qui répondent à des appels d’offres publics. Et c’est précisément pour ça que tant de mémoires techniques finissent rédigés entre J-2 et H-30, par des gens compétents dans leur métier mais pas dans celui-là.
Le mémoire technique est un métier à part entière. Le reconnaître, c’est déjà un premier pas.
PLUS DE RESSOURCES SUR LES MÉMOIRES TECHNIQUES
Explorez nos contenues pour mieux appréhender les appels d’offres publiques et mieux rédiger vos mémoires techniques
Toutes nos ressources sur les appels d’offres :
- Présentation de notre offre de création/refonte de mémoire technique
- Formation à la rédaction de mémoire technique
- Simulateur de notation prix/technique
- Se mettre dans la peau d’un acheteur public
- Combien vaut un point de note technique
- Qui doit rédiger votre mémoire technique ?
- Peut-on échanger avec le maître d’ouvrage et/ou l’architecte ?
